Quatorzième lettre

Ce n’est pas mon voyage dont rend compte cette lettre, mais celui que Marie-Marthe a fait en 1990, huit ans avant que je ne la rencontre et décidions d’enrichir nos vies en les mélangeant. Ce voyage, elle m’en avait parlé par bribes. Je me souvenais surtout de son émerveillement devant les paysages du Xinjiang.

Depuis longtemps je l’avais en tête, puis le projet de placer mes pas derrière les siens, 36 ans plus tard, c’est tout d’un coup coagulé. Au milieu de son héritage transmis si brutalement, j’en ai retrouvé quelques traces : un Guide bleu sur la Chine, avec des post-it collés ici ou là et quelques photos glissées entre certaines pages, ainsi qu’un album avec une dizaine d’autres. Rien n’était très clair, ni les dates, ni les lieux ; pas de quoi reconstituer son voyage. Mais je savais qu’elle l’avait fait avec une famille que je connaissais, du moins les parents, car nous étions passés les voir à l’occasion d’un séjour à Lyon.

Aussi, pendant les fêtes de fin d’année, suis-je allé les retrouver pour en parler.

Mais je vais trop vite. Pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut se replacer quelques années plus tôt.

Shenzhen, une ville nouvelle au développement exponentiel

Cette petite histoire croise en effet la grande.

La Chine, sous la nouvelle orientation économique donnée par Deng Xiaoping après le décès de Mao Tsé-toung, décide de créer à 30 kilomètres du centre de Hong Kong, une ville nouvelle, Shēnzhèn 深圳 avec des droits permissifs exorbitants lui permettant d’attirer les capitaux internationaux en quête de développement et de croissance. Alors que le gouvernement Chinois imaginait à l’origine que la ville rassemblerait 300 000 habitants en l’an 2000, en fait il y en eu 10 millions cette année là et 20 millions 20 ans plus tard [1]. Un succès inouï.

Pour permettre le développement industriel de cette « Zone économique spéciale », il y fallait une énergie abondante. Le gouvernement Chinois, au début des années 1980, fait appel à EDF pour construire une centrale nucléaire à Dàyà Wān 大亚湾, la Baie de Daya.

Jean-Michel L. crée SMI (Service Médical International) en 1983 pour proposer aux entreprises françaises implantées à l’étranger d’assurer l’assistance médicale de leurs salariés. EDF prend contact avec lui ; il réalise une étude préalable et remporte l’appel d’offre qui suivra pour mettre en place un service médical à Dàyà Wān . Il recrute alors Marie-Marthe, sa première salariée, pour accompagner le développement de sa société.

Jean-Michel et Marie-Marthe dans les locaux de SMI

Luc P. sera le deuxième médecin envoyé pour un contrat de 2 ans à Dàyà Wān . C’est à l’occasion de son recrutement qu’il rencontre Marie-Marthe ; ils sympathisèrent immédiatement et nouèrent une relation d’amitié. Après son retour en France, il est à nouveau contacté par SMI pour assurer le remplacement à Dàyà Wān de son successeur pendant ses vacances. Il informe alors Marie-Marthe de son projet, à la fin de sa mission, de faire venir sa femme Odile et ses deux enfants, Mathieu et Honorine, pour un voyage de cinq semaines à travers la Chine. « J’aimerais bien venir avec vous » dit-elle. Luc accepta sans hésiter.

Marie-Marthe eut des contacts avec Odile pour échanger sur ce projet de voyage. Cette dernière se souvient des deux sujets que Marie-Marthe avait souhaité clarifier avant leur départ :

« Elle avait dit « moi, je n’ai qu’un petit budget. Si vous ne vous alignez pas dessus, je ne pourrais pas venir ». Je lui avais répondu qu’elle ne s’inquiète pas, qu’on ferait attention à rester dans les limites de ses moyens. Elle avait également précisé qu’elle n’était pas sportive alors que nous, dans la famille, on marche beaucoup ».

Mais c’est dans l’avion qui les conduisit à Pékin qu’ils se virent la première fois et qu’ils firent connaissance les uns avec les autres.

Des souvenirs emmêlés, une reconstitution tâtonnante du voyage

La reconstitution du voyage ne fut pas une mince affaire. En fait, la famille P. pendant leur séjour en Chine avait fait plusieurs voyages et avait parfois du mal à s’accorder sur ceux qu’ils avaient réalisés avec Marie-Marthe et ceux qu’ils avaient fait seuls avec leurs enfants. Notamment, la question de la visite de la ville natale de Mao est revenue plusieurs fois sur le tapis :

Odile : « on est allé à Sháoshān 韶山 avec Marie-Marthe. On est allé voir la maison natale de Mao Tsé-toung. On y a passé du temps ».

Mais quelque temps plus tard, elle s’interroge :

Odile : « Ou alors, on y serait allé avec les enfants ? »

Luc : « Je ne nous y vois pas avec Marie-Marthe »

Michel : « En tout cas, elle ne m’en a jamais parlé. Mao, ça faisait partie de notre univers idéologique, celui des années 60… Voir sa maison natale, ça l’aurait impressionné Je pense que si elle y était allée, elle me l’aurait dit »

Luc : « On avait visité sa maison et le musée. Il y avait les enfants, mais pas Marie-Marthe. Odile, Je suis certain qu’elle n’était pas avec nous à Sháoshān »

Odile : « Moi, je ne suis certaine de rien »

Mathieu : « C’est ça les souvenirs. Avec le temps, on les déforme »

En outre, dans le Guide bleu, des post-it pointaient des lieux du Sud-ouest de la Chine (Guìlín 桂林 et plusieurs villes du Yúnnán 云南) bien trop à l’écart de la route de la soie pour qu’ils aient pu les visiter dans le même voyage. Ils n’y sont pas allés avec elle et je ne sais toujours pas pourquoi Marie-Marthe avait noté ces endroits. Est-ce qu’Odile, avant le voyage avait évoqué ces lieux ?

Le début de l’expédition en revanche ne posait pas de problème de reconstitution. Odile, Marie-Marthe, Mathieu et Honorine sont arrivés à Pékin venant de Paris et y sont restés quelques jours. Ils ont ensuite pris le train pour Shanghai, où Luc, venu de Hong Kong, les attendait.

Train Pékin – Shanghai. Couchette dure

J’étais très intrigué par cette image. J’aimais beaucoup quand Marie-Marthe portait ce regard sur moi. Mais là, ce n’était pas sur moi qu’elle le posait…

De retour à Reims après la rencontre des P., je me suis tout d’un coup demandé si Marie-Marthe n’avait pas laissé dans un dossier des textes sur ce voyage. J’avais en effet gardé après son décès une copie de tout ce qu’il y avait dans son ordinateur mais n’avais jamais eu envie de consulter ces fichiers. Ce qu’il y avait dedans lui appartenait ; je ne me sentais aucun droit de violer son intimité. J’ai simplement écrit « Chine »dans la barre de recherche, et je me suis retrouvé avec un texte qui portait sur les premières journées du voyage. J’ai alors pu lire le commentaire suivant qui a éclairé de son contexte cette photo :

« Le train Pékin Shanghai. La bête humaine : un train à charbon ! Quatre sortes de places : banquettes dures, banquettes molles, couchettes dures, couchettes molles.

Nous sommes en couchettes dures. Assis. Un « compartiment » de six places. Ici ils ressemblent en tous points à ceux qu’on connaît mais ils ne sont pas fermés. Les gens passent, et surtout s’arrêtent à leur gré. Et très vite nous tenons salon. Honorine émerveille ses interlocuteurs en parlant chinois, elle est bombardée de questions.

J’ai un admirateur stupéfait qu’à 37 ans je n’ai ni mari ni enfants. Il ne le croira jamais vraiment, posant la question très régulièrement. Il est l’équivalent d’un contrôleur – en uniforme d’ailleurs – mais son temps de travail doit être plus léger car il reste avec nous – avec moi et tout près de moi – près d’une heure.

Ceux qui s’attroupent autour de nous : un prof de technologie à Sciences Po, sa femme médecin psychologue, un chef d’entreprise de boissons gazeuses, un champion d’athlétisme qui fume sans pause.

La nuit est infernale : bruit de raclements de gorge, conversations hurlées, odeurs très fortes des toilettes proches. Celles-ci sont dans un état incroyable. A la Turc, c’est-à-dire deux marchepieds au bord d’une fosse au dessus de laquelle on s’accroupit. Le tout tâché de merde, ou plutôt de couches successives collées les unes sur les autres, sorte de mille feuilles répugnant. »

Ma sorcière bien aimée

Luc, Odile, Mathieu et moi étions tous les quatre penchés sur la carte que j’avais tirée du Guide Bleu, pour essayer de reconstituer les étapes du voyage. Il y avait des traits de crayon à peine lisible. Une fois écartés Sháoshān et Guìlín, un accord se forma sur la première étape après Shanghai. C’était Lanzhou. Il n’y avait pas de doute. On a encore tâtonné sur les suivantes, mais finalement elles apparurent assez logiquement car elles suivaient la route de la soie : Liuyuan, Urumqi, Kashgar, puis retour en avion à Canton.

Assez satisfait du résultat, sans trop savoir pourquoi, j’ai alors retourné la carte, et là, miracle, Marie-Marthe avait écrit au crayon, au dos, les informations que depuis plus d’une heure nous cherchions à reconstituer :

Marie-Marthe s’était peut-être amusée de nous voir si perplexe autour de cette carte. C’est comme si, à la fin, elle avait guidée ma main pour nous montrer où nous pouvions trouver les réponses. Qui sait ?

Nous avons ensuite regardé toutes les diapositives que Luc avait prises pendant le voyage. En fait, une fois arrivés dans une ville-étape, ils se rendaient en bus vers des lieux remarquables des environs. De Lanzhou, ils sont ainsi allés à Xiahe et au monastère de Labulengsi ; de Liuyuan à Dunhuang et les grottes de Mogao ; d’Urumqi à Turfan ; de Kashgar au lac de Karakouli.

Voici reconstituées sur cette carte les étapes de ce voyage, celles qu’à mon tour, en avril et mai je vais emprunter :

Mais que verrais-je ?

36 ans sont passés, 36 ans qui sont aussi la période de croissance effrénée de la Chine. Les conditions de transport ne seront plus les mêmes. Le réseau de TGV a raccourci les distances. J’ai établi les correspondances avec les durées indiquées par Marie-Marthe.

C’est un indicateur comme un autre du développement de la Chine. Je ne suis pas mécontent d’en bénéficier car je vais entreprendre ce périple à 72 ans alors que Marie-Marthe n’en avait que 37… Mathieu l’a dit d’ailleurs plusieurs fois : « il était physique ce voyage ! ». Je veux bien le croire.

Mais reprenons les différentes étapes de ce voyage, qui vont bientôt être les miennes.

Pékin, juillet 1990

Dans ses premières pages, le Carnet de voyage qu’avait tenu Marie-Marthe était un éphéméride. Il commence le 22 juillet. Parti de Roissy la veille, Mathieu se souvient très bien de ce vol :

« C’était un Boeing 787. On avait voyagé dans des conditions princières car on avait été surclassé. On était dans la bulle, en haut. On avait trouvé des produits d’un des clients d’avant, de superbes produits de massage. On voulait même les garder. On s’était beaucoup amusé avec Marie-Marthe. J’ai l’impression qu’on était déjà devenu super potes »

Sur leur arrivée à leur hôtel à Pékin, le Carnet livre cette anecdote :

« Devant l’hôtel le taxi est brutalement sommé de se garer tandis que quatre hommes en uniforme nous enjoignent de sortir et de donner nos sacs. On refuse, butés. Eux s’excusent mais reviennent à la charge pour embarquer nos affaires. Tentatives de la gente féminine pour y comprendre quelque chose… En vain. On passe outre et notre gentille troupe s’engouffre dans l’hôtel. Là une femme, pour ajouter à notre perplexité, s’étonne que nous ayons pu réserver ici. Ce n’est pas un endroit pour les touristes. On s’énerve, elle finira par nous expliquer, au bout de quelques palabres de nos traductrices de mère en fille, qu’elle n’est pas le « service central ». (Vocabulaire qui fleure bon la real politik). Qu’est-ce qu’on fait de cette information ? Aucune trace de nos réservations mais ça va s’arranger…

En fait, ce que j’avais pris pour une délégation de l’armée rouge en train de molester notre chauffeur et sur le point de nous emmener au poste n’était qu’un régiment de loufiats maison bien intentionnés. Ils savent comment faire mais n’y mettent aucun plaisir. Au point qu’on les a crus hostiles.

Tant mieux s’ils ont du mal à jouer les esclaves : bravo ! Mais c’est un peu paradoxal de se « mettre à notre disposition » avec des ruades soldatesques ».

Ils ont passés cinq nuits dans cet hôtel. Dans le Guide bleu, j’ai retrouvé quelques photos de leur séjour [2] :

Dans le Carnet, un texte vient pour ainsi dire commenter cette image :

« La position accroupie. Adoptée dans toutes les situations d’attente. Sur les quais du métro et des gares routières, sur les trottoirs, mangeant la pitance dans des assiettes plastifiées, discutant très fort.  Nous nous amusons de voir des « accroupis » partout. Talons au sol, bras s’agitant entre les cuisses ouvertes. Avec une aisance que nous n’avons pas su reproduire longtemps, tant la position inhabituelle nous coûte de fatigue ».

Pékin, j’y suis souvent allé ces dernières années. Les accroupis sont maintenant debout. On y voit aussi beaucoup moins de vélos ; ils ont été remplacés par des voitures.

Voici une photo prise par Odile dans un parc :

Dans le Carnet, on trouve ce texte :

«  24 juillet, 7h du matin.

J’écris dans un petit square. L’activité est à son comble : une cinquantaine de personnes font leur gymnastique matinale. Taï Chï, massages, do in. Hommes, femmes, tous âgés y compris de grands vieillards. Ils me regardent, je me fais toute petite en baissant les yeux.

Une petite fille me sourit, elle tire son père par la manche pour qu’il vienne me parler (…).

Dans ce square il y a aussi  des flâneurs. Un homme y mange des beignets, peu contaminé par l’énergie qui se dépense autour de lui. (…)

Enigmatiques les vieillards qui promènent leurs oiseaux. La cage est tenue par une tige métallique semblable à celle qui permet aux vendeurs de décrocher manteaux ou vestes pendues en  hauteur. Dans les parcs, les vieux hommes – pourquoi les hommes ? – accrochent ainsi leur oiseau dans un arbre un moment. Comme pour se faire pardonner de n’en pas offrir à domicile.

En Chine, je suis perpétuellement surprise et ravie de l’être. Plus de repères, il reste à contempler sans chercher à comprendre, se laisser bousculer par des usages énigmatiques. Poésie de l’inconnu. »

Le Carnet ne parle pas de la Grande muraille, mais une photo montre qu’ils y sont passés :

Ils ont aussi visité les Tombeaux des Ming, la Place Tian An men et la Cité interdite. Dans son Carnet, Marie-Marthe fait en plusieurs endroits références aux évènements de 1989, encore tout proche. « D’après Honorine – diamant de 14 carats – avant ces évènements, les gens étaient très demandeurs vis-à-vis des touristes. Elle était souvent accostée par des étudiants désireux de « parler anglais ». Depuis, il semble que ce soit trop risqué d’être vu en compagnie de français ». Un voile de silence jusqu’à aujourd’hui continu d’être jeté sur ces évènements, mais il n’y a plus de réticence à aborder les étrangers de passage et à échanger avec eux.

Un autre texte – sans illustration, et pour cause – donne un élément de contexte historique :

« Les Chinois sont organisateurs des XIème Jeux Asiatiques [3]. Certains d’entre eux – les cadres – ont « donné spontanément » 30 % de leur salaire pour cet événement. Trois mille journalistes sont attendus de l’étranger. Pour éviter tout incident, les universités seront fermées jusqu’à mi-octobre.

Pékin est mobilisé. Honorine et Odile ont déchiffré les petites notes accrochées sur les arbres dans la ville ; les consignes sont strictes « Changez de comportement vis-à-vis des étrangers. Ne vous attroupez plus autour d’eux, c’est impoli. Ne crachez plus, ça les dégoûte. ».

Je suis d’accord avec les « autorités » : qu’ils arrêtent de cracher. Il y a toujours dans l’environnement plus ou moins proche un mollard en préparation, dans un bruit de bouche effrayant. On a la sensation que le projectile va nous arriver droit dessus, on « vit dans la crainte ». L’autre jour, en quittant une gargotte où nous avions encore dévoré de ces délicieux raviolis, j’ai trouvé sous mon sac – laissé par terre à côté de moi – un gros crachat ».

Le 27 juillet, nos quatre voyageurs ont pris le train – couchettes dures – pour Shanghai.

Un passage éclair à Shanghai

J’imagine qu’ils y sont arrivés le 28 dans la journée. Ils y ont retrouvé Luc qui venait de terminer sa mission à Dàyà Wān.

Luc et Marie-Marthe à Shanghai. Diapositive numérisée

Il y a peu de choses dans le Carnet sur cette étape. Seulement cette note, datée du 28 :

« Shanghaï. Ici les consignes gouvernementales ne sont plus suivies. On nous parle, on nous questionne. Les gens paraissent plus gais, on ne sent plus la pression dramatique de Pékin.

Scène de rue : dans le quartier dit « du bazar », je vois de très belles boucles d’oreilles. J’hésite entre deux paires en prenant l’avis de mes amis. Très vite, je réalise que – comme c’est souvent le cas – une quinzaine de chinois se sont attroupés autour de nous. Alors, je les interroge – avec force signes et en me servant des talents linguistiques d’Honorine – « laquelle préférez-vous ? ». On rit beaucoup ensemble, les avis sont partagés. Je les remercie, ils se dispersent.

Les gens vivent dehors mais pour y faire la même chose que dedans : ils se lavent, nettoient leur mômes, font la bouffe, mangent et dorment. Tous les ustensiles sont sortis dehors. Dans certaines rues, devant les étroites maisons, il y a un ou deux lits ».

Peut-être était-ce pour illustrer cette dernière remarque que Marie-Marthe avait pris cette photo :

Des rues calmes, sans voiture. Inimaginable aujourd’hui à Shanghai.

Shanghai. Diapositive prise par Luc, numérisée

Ils ne sont pas restés longtemps dans cette ville, car comme le précisait Odile « on avait beaucoup de choses à faire derrière ». Le 29 juillet est simplement noté sur le Carnet : « Les voitures : il y en a très peu. Les privées sont interdites, celles qu’on voit sont professionnelles, de l’Etat ».

Parmi les photos tirées sur papier de Marie-Marthe, une deuxième avait été prise à Shanghai.

Ce bâtiment derrière elle ne m’évoque rien. Peut-être est-ce l’entrée du bazar où elle a acheté ses boucles ?

Il y a cette autre ci-dessous que j’imagine avoir été prise dans cette même ville, mais sans certitude, car contrairement aux précédentes, elle n’avait aucune indication au verso.

En regardant, 35 ans plus tard, ces photographies où on reconnait parfaitement Marie-Marthe, Mathieu a été saisi dans une sorte de boucle spatio-temporelle : « Moi dans ma tête, c’était une vieille, mais en fait là, elle était jeune. Elle avait quoi ? Elle n’avait même pas 40 ans ».

Elle en avait trente-sept, et lui en a aujourd’hui cinquante. Quant à moi qui avait un an de moins qu’elle, j’ai presque doublé la mise.

C’est sur cette image que se termine cette lettre. Le 29 juillet, ils prennent le train pour Lanzhou, leur première étape sur la route de la soie. Un long trajet de 43 heures en couchette molle les attend… Laissons-les-y donc.

Une aventure à suivre dans la 15° Encre de Chine…


[1] Quinn Slobodian, Le capitalisme de l’apocalypse ou le rêve d’un monde sans démocratie, Edition du Seuil, Paris, 2025, p 42-44

[2] Les images reproduites dans cette lettre sont pour la plupart des photos tirées sur papier prises avec l’appareil de Marie-Marthe ; deux d’entre elles sont des numérisations de diapositives prises avec l’appareil de Luc.

[3] Ils auront lieu à Pékin en septembre 1990.

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